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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 16:06

Réflexion sur l’éphémère destin des nations laïques

Au siècle dernier, la Chine était représentée à l’étranger par le médiatique Chou En-Lai, grand connaisseur de l’Histoire de France et de la Commune de Paris, dont son gouvernement se revendiquait. Très prolifique en bons mots, il faisait le régal de la presse occidentale. Un jour, à la question d’un journaliste sur La Révolution française, il répondit : « il est trop tôt pour tirer les conséquences de La Révolution française ». Et tous de s’extasier d’admiration, devant la magistrale pirouette du Chou pour ne pas répondre directement à la question.

Aujourd’hui, avec le recul du temps, la disparition de l’Union Soviétique et autres évènements, dont le renouveau de l’Islam, on peut se demander si la réponse de Chou En-Lai était vraiment une dérobade, ou simplement ce qu’il pensait. Et si on pouvait l’interroger maintenant, et qu’il estime pouvoir répondre, qui sait s’il ne le ferait pas à partir du précepte de Colbert, selon lequel : « une nation n’existe durablement qu’à cinq conditions : un seul peuple, un seul pays, une seule langue, un seul roi, un seul Dieu ».

Précepte également vérifié par les ethnologues du 19ième siècle quand ils iront à la découverte des peuples d’Afrique et d’ailleurs, où ils retrouveront toujours le même principe : un peuple spécifique, établi sur un territoire qui est le sien, parlant une langue propre (ou un dialecte, ce qui revient au même), avec un roi (ou chef pour une petite tribu), et un Dieu (ou croyance religieuse). Principe universel donc, quelles que soient les latitudes et les époques.

Dans l’Histoire de France, l’observation de Colbert est constante des origines jusqu’au siècle des Lumières, mouvement fondateur de la Révolution française. Laquelle révolution, pour accéder au pouvoir, devait renverser le roi. Or, le roi étant de droit divin (ou reconnu comme tel), avant de le renverser, lui, il fallait d’abord écarter Dieu. Ce qui a été l’un des rôles fondamentaux des Lumières : contester l’existence de Dieu, discréditer le christianisme et ses représentants, pour arriver à désacraliser le pouvoir royal et permettre ainsi à la Révolution de détrôner le Roi.

Evidemment, il y a eu des réactions et divers aléas contrariant le processus révolutionnaire, Empires…Restaurations…parfois aidés d’imprévus, comme l’effet sur l’opinion d’un livre de Chateaubriand : Le génie du christianisme, véritable best-seller sans lequel la première Restauration n’aurait pas eu lieu : à une époque où les publications n’étaient pas nombreuses et où tout le monde ne savait pas lire, les gens se réunissaient à la veillée pour écouter les lectures de ceux qui savaient – équivalant en plus crédible du prime time de nos télés…

Ainsi, Dieu n’a pas été complètement écarté et, tant bien que mal, dans l’ensemble, les églises et le clergé ont subsisté. Ce n’est qu’au moment de la 3ièmeRépublique, que la nouvelle forme de pouvoir issue de La Révolution s’est enfin pérennisée, avec une Eglise reconnue mais contenue (loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, par exemple). Mais, en dépit de cette séparation, les églises (bâtiments, toitures), sont toujours entretenues par l’Etat. Lequel protège ainsi matériellement les offices religieux, où les dirigeants assistent à l’occasion, et parfois même sont à l’origine, comme en 1945 quand De Gaulle a conclu les cérémonies de la Libération par un Te Deum à Notre Dame de Paris…chose impensable aujourd’hui.

Après lui, ses successeurs s’écarteront petit à petit de la religion, au point d’en arriver maintenant à favoriser un mouvement de déchristianisation, qui va jusqu’à essayer de retirer du calendrier des fêtes chrétiennes…tentative échouée jusqu’à présent, mais dont on peut pressentir qu’elle finira par aboutir, tant est grande l’impatience de nos élites pour en finir avec le Dieu des chrétiens, ses représentants et ses fidèles.

De la même façon, d’année en année, on voit se réduire les décorations et les sapins de Noël à l’approche du 25 décembre, que l’on n’appelle plus fête de Noël, mais fêtes de fin d’année (en l’englobant avec le nouvel an). Les quelques maires qui osent encore faire une crèche dans leurs mairies sont montrés du doigt, qualifiés d’extrême droite voire de fachos, et pendant que l’on conspue ces mauvais maires, on congratule les bons, comme la maire de Paris qui, pour l’Aïd-el-kébir, organise une réception des musulmans dans sa mairie : version progressiste de la laïcité utilisée pour écarter le christianisme au profit de l’Islam.

Autrement dit, la nature ayant horreur du vide, la déchristianisation ne conduit pas à l’absence du fait religieux voulu par les Lumières, mais, comme on le voit déjà, à l’épanouissement d’une autre religion, l’Islam (qui englobe culture et mode de vie), dont les mosquées sont inaugurées

On peut étayer la validité du précepte de Colbert en regardant ce qui s’est passé ailleurs : les Américains ont fait leur révolution en accédant à l’indépendance mais, eux, n’ayant pas à s’émanciper d’un roi (par nature de droit divin), mais d’une puissance étrangère, n’ont donc pas eu besoin d’écarter Dieu et l’ont gardé. « En Dieu nous croyons » dit leur devise. Ainsi, le précepte de Colbert s’applique chez eux dans sa totalité. Et tous les leaders politiques, à commencer par le Président lui-même, terminent toujours leurs discours par la formule : ’’Que Dieu bénisse l’Amérique.’’ (on n’ose imaginer un instant le tollé, si notre Président s’aventurait un jour à terminer une allocution par : ’’Que Dieu bénisse la France’’…).

Quant aux Russes, forts de l’expérience française et d’un contexte différent, la révolution de 1917 procèdera de façon expéditive, n’hésitant pas à éradiquer d’emblée le fait religieux dans sa totalité, brisant l’influence du clergé et démolissant toutes les églises de façon systématique, donnant ainsi sa pleine mesure à l’expression :’’du passé faisons table rase’’.

Mais, sans Dieu, plus de respect du précepte de Colbert, ce qui fera dire aux observateurs clairvoyants que ‘’s’il n’y a plus de Dieu, c’est un homme qui devient le Dieu’’. Ce qui s’est pratiquement réalisé avec Staline, ’’Le Petit père des peuples’’... Mais, l’homme-dieu n’étant qu’un homme, il a fini par être rappelé à Dieu, et ses héritiers ayant souffert de son autoritarisme, ont fait en sorte d’éviter l’émergence d’un nouvel homme providentiel.

Enfin, sans faire de lien de cause à effet, on observera que petit à petit, l’Union soviétique a périclité pour finalement disparaître, guère plus de 70 ans après son avènement… Si les causes de la courte durée de ce régime sont nombreuses, et qu’aucune prise séparément n’a été déterminante, on retiendra que l’une des caractéristiques majeures de l’Union soviétique, aura été d’ignorer la cinquième condition du précepte de Colbert.

Ce qui semble bien ne pas avoir échappé aux nouveaux dirigeants : aujourd’hui, la Fédération de Russie a redonné à l’Eglise Orthodoxe la place et le rôle qu’elle avait perdus, rétabli son clergé dans ses prérogatives et reconstruit à l’identique toutes les églises détruites par les soviétiques. Et dans les médias on voit régulièrement Poutine assister à des offices religieux, montrant ainsi que pour les nouveaux dirigeants, inconsciemment ou de façon délibérée, le précepte de Colbert est respecté dans sa totalité comme loi naturelle incontournable.

En résumé, l’Histoire nous montre que les nations strictement laïques ne résistent pas à l’épreuve du temps. Ce que Malraux avait bien compris quand il déclarait : ’’Le 21ième siècle sera religieux ou ne sera pas’’. Provoquant un tollé chez les élites intellectuelles héritières des Lumières, qui s’imaginaient naïvement éradiquer le fait religieux en combattant le christianisme, alors qu’elles faisaient le lit de l’Islam, bien plus rigoureux, hégémonique et intolérant.

Et quand la France sera islamisée, nos élites continueront à plastronner, comme elles l’ont fait jadis après avoir soutenu aveuglément : Lénine, Staline, Mao (sa révolution culturelle modèle de mai 68), et même Pol Pot…sans jamais tirer d’enseignement de leurs magistrales bourdes.

Louis Esparza, Février 2016

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